Nous en appelons au monde:

Nous trouvons l’abandon de l’Afghanistan à l’administration talibane aussi cruelle que les méthodes des talibans !

Agissez pour les femmes et le peuple afghans !

Les États se prétendant développés, civilisés et démocratiques – en particulier les États-Unis – ont cédé aux talibans l’administration afghane après l’avoir occupée sous divers prétextes pendant des années. Nous considérions que l’abandon de l’Afghanistan à l’administration des talibans, qui est le cauchemar absolu de tout le peuple afghan, et en particulier des femmes et des filles, constitue un acte aussi cruel que les méthodes employées par les talibans eux-mêmes.

Nous savons parfaitement ce que signifie le retour des talibans au pouvoir, en particulier pour les femmes et les filles afghanes. Dans les années 1990, les talibans soutenus tacitement par les États-Unis ont emprisonné les femmes et les filles dans des burqas en proclamant la charia, les ont empêchées de s’instruire et de participer à la vie politique, ont rendu plus difficile leur accès aux services de santé, et les ont même punies pour avoir parlé et ri en public. L’Afghanistan est devenu un pays qui ampute les doigts pour du vernis à ongle, où les filles et les femmes sont massacrées, lapidées, exécutées au nom du non-respect de la charia, brûlées à l’acide pour avoir voulu aller à l’école.

Après la destitution des talibans en 2001, un changement, certes limité, s’était amorcé : la suppression de l’obligation de la burqa, le droit à l’éducation des filles, un changement constitutionnel dans le cadre de l’égalité entre les femmes et les hommes, la loi sur la lutte contre les violences faites aux femmes et l’abolition de l’interdiction des femmes à travailler. Les femmes afghanes n’ont pas seulement lutté pendant des années contre un système dominé par les hommes et les inégalités, mais aussi contre l’intégrisme et l’occupation. Nous condamnons les Etats machistes fondés sur l’oppression, l’exploitation et la torture, qui détruisent physiquement, socialement, économiquement, sexuellement ou psychologiquement, un genre/sexe dans son ensemble et criminalisent les actes les plus simples de la vie quotidienne. Nous condamnons également ceux qui tirent profit du soutien qu’ils apportent à ces États, ceux qui ont laissé la population afghane à son sort et lui ont tourné leur dos, ceux qui regardent de loin sans rien faire.

Les talibans essaient de gagner de la sympathie en montrant qu’ils ne sont plus ce qu’ils étaient, en annonçant qu’ils permettront aux femmes de sortir seules en public en burqa. Nous n’acceptons pas l’assujettissement des femmes, où que ce soit dans le monde, à une loi qui les force à taire leurs voix, dissimuler leurs diplômes, à se précipiter pour acheter des chqris aujourd’hui vendues à des prix exorbitants, à être licenciées du jour au lendemain, à être retirées de l’école, du monde du travail, de la rue et de la vie politique, à être « offertes » à un homme célibataire ou veuf dès l’âge de 15 ans, à s’assoir et à attendre de se faire tuer.

Nous réitérions les points suivants, qui ont également été soulignés dans de nombreux appels internationaux:

• Un plan d’action mondial d’urgence et un couloir d’aide humanitaire doit être établi pour pouvoir acheminer l’aide.

• Tous les pays, en particulier les pays qui ont une part de responsabilité dans la situation actuelle en Afghanistan, doivent assumer le fardeau migratoire de manière égale et équitable, et les ressources allouées aux armes et à la guerre doivent être octroyées aux peuples qui ont été déplacés de force.

• Chacun doit mobiliser son propre gouvernement pour garantir tous les droits humains, en particulier le droit à la vie et à la sécurité des femmes et des enfants. Tous devraient faire pression pour que leur pays prenne une position urgente et claire.

• Les organisations non gouvernementales, les militants, les artistes, les universitaires et tous ceux qui respectent les droits humains doivent lutter pour la sécurité des femmes, des enfants et des autres groupes discriminés afghans dans leur propre pays, et se positionner contre la reconnaissance du régime taliban.

• Nous appelons les organisations internationales, les États et le public démocratique militant pour l’égalité des genres partout dans le monde à s’opposer à la reconnaissance du gouvernement taliban dans son ensemble et à soutenir le peuple afghan qui lutte contre celui-ci.

Au nom de la Plateforme des Femmes pour l’Egalité (EŞİK), nous rappelons à ceux qui gouvernent la Turquie

Les talibans ne sont pas une administration à « reconnaître » et avec qui communiquer sous prétexte d’une « l’unité de foi » ; c’est une organisation criminelle fondamentaliste hostile aux femmes et aux droits humains ! Nous soutenons une approche instituant une politique d’immigration holistique, nous voulons une approche qui tienne compte non pas des talibans, mais des civils afghans qu’ils ont opprimés, et, sans les considérer comme des « objets de marchandage », protège les droits à la vie les plus fondamentaux de ces derniers.

Nous demandons au ministre des Affaires étrangères de la République de Turquie :

De quels messages parle-t-il lorsqu’il affirme : « nous accueillons favorablement les messages des talibans » ?

Nous en appelons à chacun :

La lutte que nous menons aux côtés des femmes afghanes fait partie du combat contre ceux qui renient la Convention d’Istanbul, ceux qui commentent la longueur des jupes, et les misogynes qui rejettent l’égalité des genres. L’expérience des femmes afghanes reflète notre avenir commun tel un miroir. Nous appelons toutes les femmes et les forces d’opposition à s’unir à notre lutte commune.

17 Août 2021

EŞİK – Eşitlik İçin Kadın Platformu (Plateforme des Femmes pour l’Egalité)

iletisim@esikplatform.net

EŞİK – La Plateforme des Femmes pour l’Egalité a été établie pour défendre les droits des femmes durement acquis. Elle sur une longue tradition de différents organisations féministes œuvrant ensemble sur des problématiques spécifiques incluant la violence faite aux femmes, les droits aux pensions, les réformes des codes civil et pénal, et le suivi de l’application de la Convention d’Istanbul. En tant que plateforme indépendante de plus de 300 organisations féministes et LGBTI+, EŞİK est également soutenue par presque 150 organisations de société civiles, d’associations professionnelles et de syndicats.